Presque seuls

Marie Baudet

Publié le 10/12/2011 dans La libre Belgique


L’aridité de “Quelqu’un va venir” de Jon Fosse mise en scène par Léa Drouet.

La nouvelle création présentée par la Balsamine relève du paradoxe. Avouons-le tout net : voilà un spectacle qu’on aimerait détester. Mais en fait non. L’écriture aride et en boucle de l’auteur norvégien Jon Fosse - qui ferait passer Duras pour une reine de la chick lit - doublée du parti pris de la voix blanche et monocorde n’y est pas pour rien. Et pourtant "Quelqu’un va venir" va se révéler chambre d’écho.

Trois personnages, trois ombres devrait-on dire, s’y croisent. Un homme et une femme arrivent à la maison qu’ils ont achetée, isolée, au bord de la mer, dans l’idée de s’y retrouver, "être seuls l’un avec l’autre, l’un près de l’autre". Mais elle, très vite, pressent l’imminence d’une présence. L’inquiétude immédiatement s’installe dans le cadre qui devait être celui sans doute d’une délivrance : une retraite désirée, un isolement voulu, un tête à tête souhaité au point de ne vouloir voir personne. Or quelqu’un va bel et bien arriver, s’immiscer dans le tableau, le troubler, y instiller l’inconfort et le doute, y débusquer les démons enfouis de la jalousie.

Un auteur en quête de littéralité et une jeune metteur en scène en quête de théâtralité - selon la juste présentation de la Balsa - se rencontrent ici. Il y a dans la pièce, note Léa Drouet, "à la fois de l’immensité et du vide. Mais le vide comme un espace oscillant entre liberté et errance, comme dans un désert".

Pour figurer, sans la représenter, cette atmosphère "entre enfer et paradis, entre l’enfermement du couple et la liberté infinie de l’amour et au-delà", elle a fait appel à Mathieu Ferry. Sa scénographie radicale - de grands blocs verticaux posés en oblique, interdisant toute vue d’ensemble - et ses lumières parcimonieuses mais subtilement mouvantes participent du mystère, avec les compositions electro de David Stampfli (et d’imprévus et inquiétants grands bruits de vent, le soir de la première). Mathilde Lefèvre, Jean-François Wolff et Gaëtan Lejeune n’y apparaissent jamais que comme des ombres. Les nôtres, un peu.

Bruxelles, Balsamine, jusqu’au 17 décembre, à 20h30. Durée : 1h30. De 6 à 14 €. Infos & rés. : 02.735.64.68, www.balsamine.be