La Balsamine ou l'art de la renaissance.
Catherine Makereel
Publié le 07/09/2011 Le Soir / Mad
Une nouvelle Balsamine sort de son oeuf avec un projet qui ne vous convie pas au spectacle mais vous y engloutit. Petit tour d'un théâtre qui prône l'expérience plutôt que la consommation.
Les mutations, ça la connaît. D'abord caserne pour la cavalerie, repère pour les Allemands durant l'Occupation, écurie, puis auditoire de cours, la Balsamine a un jour croisé le chemin de Martine Wijckaert, qui lui a rêvé un destin plus artistique, avec un nom qui lui va comme un gant. Botaniquement parlant, la Balsamine est une fleur très invasive, d'où sa résistance, à travers les âges. Aujourd'hui, après avoir été jardinée avec soin par Christian Machiels, la plante connaît une nouvelle métamorphose sous la main verte de ses nouveaux directeurs artistiques, Monica Gomes et Fabien Dehasseler.
Métamorphoses à tous les étages si on en juge par les événements à venir. Partisans d'un « soulèvement permanent qui ne mène à aucune finitude », les directeurs – en place pour cinq ans – désirent « un lieu libre, qui offre ses flancs à toute métamorphose, à toute maturation naturelle. Un champ dédié aux arts dans leur déploiement ». Allergique, semble-t-il, aux formes figées, le duo a donné la bougeotte à sa programmation. Le projet Autoportants installera par exemple des espaces artistiques sauvages dans la ville, habités par des intervenants venus des arts plastiques, du théâtre, de la vidéo ou de la musique, sortes de rendez-vous décalés pour dialoguer de manière immédiate avec le public et tisser des liens avec l'environnement urbain. L'espace même de la Balsamine sera bousculé avec Le Salon des Refusés de Claude Schmitz, cube placé au centre du foyer et réceptacle d'idées qui, dans l'esprit commun, ne peuvent appartenir aux scènes officielles parce qu'on les juge, dans un sursaut de lucidité et d'autocensure, indignes.
Même si le reste de la programmation prendra place en salle, elle n'en sera pas moins insolente, cynique ou insolite. A l'image de L'argent de Stéphane Arcas, qui se créera sans l'argent attendu par les pouvoirs publics et interrogera ce même vide financier : l'artiste, empêché d'accomplir, est-il réduit à la non-existence ? Ou ce manque financier rend-il la création plus vivante que jamais ? Avis d'audition d'Anne Vigier et Franck Apertet s'interrogera sur les normes qui régissent le spectacle vivant en conviant le spectateur à vivre une audition, pratique habituellement cachée aux spectateurs. On ne peut décrire tous les spectacles mais le seul nom des artistes invités promet des tonnes d'étonnement. On connaît par exemple l'univers légumier d'Uiko Watanabé. Elle reviendra ici avec Hako Onna ou la Femme-Boîte, parallèle entre un arbre et la vie d'une femme. Elena Perez et Lise Wittamer poursuivent le thème de la nature puisqu'elles s'incarneront en moutons, l'un blanc, l'autre noir. Artiste « en habitation », Pierre Megos promet d'apporter lui aussi sa touche de chaos protéiforme avec son laboratoire visionnaire.
Monica Gomes et Fabien Dehasseler affirment vouloir « croire en un mouvement de foule qui se refuse à la consommation » et, dans cette optique, entendent « permettre au spectateur d'accompagner l'œuvre dans son élaboration, mettre en commun la création, suivre les questionnements, les doutes, participer à la vie même de cette expérience vivante ». C'est pourquoi une série d'à-côtés – les Bla-Bla-balsa, les slow-datings, ou encore les after-shows – devraient impliquer le spectateur plus en avant dans la vie du théâtre.
3 RAISONS D'Y ALLER
- La scène y est une expérience qui se partage par des rendez-vous conviviaux: les after-shows pour rencontrer les artistes après le spectacle ou les lundis Bla-Bla pour assister à des répètes et refaire le monde ensemble autour d'un repas.
- Parce que cette rentrée est un nouveau commencement, la saison s'ouvre avec le festival Genèse, du 19 au 25 septembre. Sept jours pour refaire la création. A chaque jour, un nouveau créateur.
- Le buffet y est sensas!
